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Le martyr Félix Moumié

En 35 ans de vie seulement, Félix-Roland Moumié, aura marqué le paysage politique camerounais et africain, au point d’être aujourd’hui un model et une référence pour plusieurs jeunes africains en étant l’une des grandes figures de la lutte pour l'indépendance du Cameroun.

Né en 1925 à l'hôpital protestant de Njissé à Foumban. Il commence les études primaires à l'école de Bandjo, les poursuit à l'école protestante de Njissé, puis à l'école publique de Bafoussam (CMI), et les achève à l'école régionale de Dschang (CMII) où il obtient avec brio le certificat d’études primaires.

En 1941, il est reçu au concours d'entrée à l'École Supérieure Édouard Renard de Brazzaville alors capitale de l’A.E.F (Afrique Equatoriale Française). Élève très brillant, il poursuit ses études en s'orientant dans la médecine et s'inscrit à l'école professionnelle William Ponty à Dakar en 1945. Il retourne au Cameroun en 1947 où il entame une carrière professionnelle de chirurgien à Kribi, ville côtière de la région du Sud. C'est dans cette ville qu'il va rencontrer pour la première fois Ruben Um Nyobe grande figure de la lutte pour l’indépendance et l’autodétermination des peuples. En effet en 1948, Ruben Um Nyobe de retour de la conférence du Rassemblement démocratique africain (RDA), avait pu obtenir de monsieur Darbousier, ancien professeur du docteur Moumié, une lettre de recommandation. L'objectif de Um Nyobé était clair : faire de ce jeune médecin un membre de l'UPC. Les deux hommes se rencontrent et échangent longuement. Ils discutent de tous les sujets préoccupants, et Moumié adhère à l'UPC. Cette visite constituera le début d'une brillante carrière politique.

En 1948 Félix Moumié est muté pour l'hôpital de Lolordof, ville du sud du pays. Il dirigera ensuite cet hôpital pendant 2 ans. En avril 1950, il sera élu vice-président de l'UPC lors du congrès de Dschang, puis plus tard la même année vice-président de la conférence des partisans pour la paix. Face à ce militantisme grandissant, il devient une menace pour les autorités françaises. Il sera donc envoyé dans les Villes de Bétaré-Oya dans la région de l'est du pays, puis Mora et Maroua dans la région de l'Extrême-Nord. Ces affectations disciplinaires, malheureusement pour les français, n'auront pas l'effet escompté. Partout où il passe, Moumié introduit l'UPC et parle de patriotisme et d'anticolonialisme. Ainsi les Baya de Bétaré-Oya et une partie de la population du nord Cameroun rejoignent les rangs de l'UPC.

Félix-Roland Moumié n’échappe pas aux divisions internes dans son pays, car doit faire face à la méfiance des chefs traditionnels du nord Cameroun. Moumié est également l'objet d'une surveillance étroite des autorités françaises locales. Guy Georgy, l'administrateur français qui dirigeait la région du Diamaré avoua : «  qu'il contrait systématiquement toutes les actions de Moumié en usant du viol de correspondance, de perquisitions illégales, de surveillance à la jumelle du domicile de Moumié et de tentatives de corruption ».

En 1952, Moumié sera élu président de l'UPC lors du congrès d'Éséka (le deuxième du parti), malgré son absence lors du scrutin pour des raisons professionnelles.

En 1954, la lutte se poursuit. Ruben Um Nyobe est invité à s'exprimer aux Nations unies le 24 et 25 novembre 1955. Cette intervention soulève beaucoup de questions et a pour effet la création d'une mission de visite au Cameroun. La réaction française est immédiate : Roland Pré, gouverneur français d'outre-mer, est nommé nouveau haut-commissaire au Cameroun et il sera installé dans ses nouvelles fonctions le 2 décembre 1955. L'objectif français semble de briser l'UPC quel qu'en soit le prix. Pour mener à bien sa tâche, Roland Pré décide de garder un œil sur tous les leaders du parti, en les regroupant tous dans la ville de Douala. C'est ainsi que le 23 janvier 1955 Moumié est muté dans la ville de Douala pour exercer à l'hôpital Laquitinie. C'est dans cette ville que sa carrière politique prendra un tournant décisif.

Le 9 février 1955 Roland Pré publie un texte de loi selon lequel « droit est donné à toute autorité, de requérir la force publique pour disperser toute réunion suspecte de plus de deux personnes ».

Le 22 mai 1955, Après avoir signé un texte exigeant la fin du régime de tutelle et demandant l’indépendance immédiate du Cameroun, l’UPC adopte l’emblème national « crabe noir sur fond rouge » au cours d'un meeting. La population camerounaise se mobilise pratiquement sur toute l'étendue du territoire.

Mercredi 25 mai 1955, Roland Pré fait une conférence de presse pour attaquer l'UPC. Moumié contre-attaque en organisant un meeting pour démentir les propos de Roland Pré. La foule est nombreuse. L'armée coloniale décide d'intervenir et l'irréparable se produit. On ouvre le feu sur les militants désarmés. Les conséquences seront dramatiques, on dénombre plus de 1 000 morts pour le seul quartier de New-Bell alors fief de l'UPC. Plusieurs villes sont concernées par cette répression sanglante qui se poursuivra jusqu'au 30 mai. Aucun bilan officiel n'a jamais été établit.

Suite à la réprobation nationale et internationale de ce massacre, le parlement français crée une commission d'enquête dont le rapport n'a jamais été rendu public. Cependant, le13 juillet 1955, l’UPC, de l’Union démocratique des femmes camerounaises (UDEFEC) et de la Jeunesse démocratique du Cameroun (JDC) sont interdits au Cameroun. Le siège de l'UPC est saccagé. On procède à de nombreuses arrestations et les principaux dirigeants s'enfuient. Félix Moumié rejoint clandestinement le Cameroun britannique où il s'installera pour deux ans. Ses talents de militants et de meneurs d'hommes sont très rapidement mis à contribution. En effet, il participe activement à la vie politique dans cette partie du Cameroun en martelant sans cesse « indépendance et réunification du Cameroun ». Plusieurs comités centraux sont créés. Il participe également à la création du « One Kamerun » avec Abel KingeErnest Ouandié, et plusieurs autres, mouvement à la tête duquel est placé Winston Ndeh Ntumazah. Cependant, les français ne relâchent pas l'étreinte. Le 14 août 1956, il échappe à une tentative d’assassinat. En représailles, les bureaux de l'UPC à Bamenda sont saccagés. Plusieurs coups de feu sont entendus non loin des domiciles des dirigeants du parti.

Le 30 mai 1957, l'UPC est officiellement déclarée illégale dans le Cameroun britannique.

Moumié ira ensuite en Égypte, accueilli par le président de la république Gamal Nasser, au Ghana et en Guinée où il sera accueilli à Conakry par le président Ahmed Sékou Touré.

Félix Moumié est empoisonné avec du thallium versé dans son apéritif à Genève alors qu’il est invité au restaurant du Plat-d'Argent dans la Vieille-ville par William Bechtel un « journaliste français ». Moumié est déclaré mort le 3 novembre 1960 à 19h10. Lors d’un procès 20 ans plus tard, William Bechtel sans surprise bénéficiera d'un non-lieu. Félix Moumié a été officiellement proclamé héros national par la loi du16 janvier 1991 de l'Assemblée nationale du Cameroun. Félix Moumié aura passé sa courte vie à lutter pour l’indépendance et l’unification de son pays. Son sens du sacrifice est à saluer même si, il a rejoint la longue liste de martyrs africains.

Par AYONG

Sources : Wilképédia : Roger Faligot (dir.) et Jean Guisnel (dir.), Histoire secrète de la Ve RépubliqueÉditions La Découverte,‎ 2006, « La vraie fausse indépendance des colonies françaises d'Afrique subsaharienne »,p. 113

Date de dernière mise à jour : 02/07/2021

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Commentaires

  • Moussa

    1 Moussa Le 26/05/2014

    Un grand homme
  • obone

    2 obone Le 26/05/2014

    Encore un héros que nous devons honorer.
  • Mboumba

    3 Mboumba Le 25/05/2014

    C'était ironique
  • Isis

    4 Isis Le 25/05/2014

    Mboumba, tu trouves que les pays africains sont indépendants?
  • Mboumba

    5 Mboumba Le 25/05/2014

    Comme par hasard les indépendantistes ont été élimé partout en Afrique, cela nous édifie sur la réalité de nos indépendances.
  • Okoko

    6 Okoko Le 25/05/2014

    Tu as raison Isis, la colonisation est mauvaise quand elle touche certains et bonne quand elle touche d'autres personnes
  • Isis

    7 Isis Le 25/05/2014

    Pendant que certains font des lois pour louer le caractère "positif" de la colonisation, ce genre d'article a le mérite de nous montrer que la colonisation n'a jamais été idyllique.
  • Moneekang

    8 Moneekang Le 25/05/2014

    Il faut saluer le courage et la bravoure des gens comme Moumié qui se sont battus contre cruauté coloniale
  • Mboumba

    9 Mboumba Le 25/05/2014

    Un martyr de plus, on a l'impression que c'est à chaque fois la même histoire

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