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La "Diva aux pieds nus".

"Si j'avais su que les jeunes pouvaient mourir, je n'aurais jamais aimé personne", chantait Cesaria Evora, l'impératrice des musiques Cap-Verdiennes. Destin exceptionnel pour l'une des voix africaines les plus célèbres au monde.

Cesaria Evora est née le 27 août 1941. Elle vit le jour dans l’une des îles du Cap-Vert, à Mindelo (petite ville commerçante de Sao Vicente). Sa mère, alors cuisinière, guida ses premiers pas sur les chemins de l'existence. A l'âge de sept ans, son père musicien-violoniste disparaît prématurément. Sa mère la confie aux bons soins d'un orphelinat, où Cesaria apprend à chanter dans une chorale qu'elle quitte à l'âge de 13 ans. Trois ans plus tard, elle fait la rencontre d'Eduardo, son premier grand amour. Un marin qui, après Gregorio Gonsalves, lui apprend l'art précieux de l'interprétation des coladeras et des mornas anciennes. C'est à cette époque qu'elle entreprend la "tournée" des bars de la ville, au fameux Calypso, et café royal de l'avenue de Lisbonne.

Adolescente, elle prend conscience de la mesure de son immense talent d'interprète. Cize peaufine son art ! Dans la rue, elle côtoie les musiciens de son quartier, elle prend goût à la vie d'artiste.

A l'époque, le Cap-Vert est encore une colonie portugaise, l'archipel tout entier vibre à l'unisson au rythme des coladeras et des mornas, une sorte de "blues national", héritage et résonance plaintive de l'esclavage subi jusqu'au 18e siècle par les ancêtres de Cesaria.

En 1973, deux ans avant l'indépendance de la plupart des pays lusophones d'Afrique, le Cap-Vert perd son héros national, Amilcar Cabral, révolutionnaire assassiné et auteur de mornas lui aussi. Dans l'archipel, Cize a définitivement conquit le cœur du public. Elle poursuit la tournée des pianos-bars et grâce à la radio, et avec quelques 45 tours enregistrés, son charisme rayonne dans tout le pays.

Mais Cesaria, découragée par la vie dure d'artiste, décide de mettre un terme à sa carrière. Elle "décroche" pendant près de dix années, sombres, où elle rumine amèrement le tourbillon de ses tourments d'amour avec les hommes. Cesaria a le spleen, la "sodade", cette nostalgie qu'elle murmure sur des mélodies langoureuses qui chantent la tristesse et l'exil. L'alcool devient alors pour elle l'alliée, complice d'une vie vouée à une tragique destinée. Il en sera tout autre.

En 1985, avec le soutien de Bana, le parrain des musiques capverdiennes exilés au Portugal, une association de femmes invite Cesaria à Lisbonne pour une série de concerts et  l'enregistrement d'un premier album qui restera confidentiel. C'est là-bas qu'elle rencontre José Da Silva, celui qui deviendra bientôt son mentor et producteur attitré.

Ce dernier convainc la chanteuse d'enregistrer un nouvel album à Paris en 1988. Il sortit sous le nom de "La Diva aux pieds nus ", un album aux parfums de coladera-zouk. Très vite s’ensuivit un premier concert au New Morning à Paris. En 1990 paru l’album "Distino di Belita" comprenant des mornas acoustiques et des coladeras électriques. Ces deux albums tranchent par l'originalité et la modernité des arrangements qui confèrent aux musiques capverdiennes une réelle impulsion, et notamment auprès de la jeunesse d'une diaspora dense, établie aux quatre coins du globe. Celle-ci succombe au charme des réalisations majoritairement dues à Paulino Vieira compositeur hors pair, son directeur artistique.

Puis Cesaria change de cap artistique et enregistre un premier album strictement acoustique. "Mar Azul" sort en 1991 et conforte auprès de la presse internationale le prestige d'une interprète rare qui "chante pieds nus". Avec "Miss Perfumado" (300.000 exemplaires vendus), Cize remplit l'Olympia et entame sa première grande tournée internationale en 1993.

L'année suivante marque un grand tournant dans sa carrière, elle signe dans la major BMG une compilation intitulée "Sodade, les plus belles mornas de Cesaria".

Grâce à l'album "Cesaria" (Disque d'or en France), l'impératrice des musiques Cap-Verdiennes est nominée aux Grammy Awards, puis effectue sa première tournée américaine en 1995. L'année suivante, elle sillonne le monde entier avec une centaine de dates en Europe, Asie et Afrique, Grande-Bretagne, Etats-Unis, Hong Kong, Suède, Sénégal...

Ne s'arrêtant pas en si bon chemin, Cesaria sort en 1999 un nouvel album "Café Atlantico". Cette fois-ci, Cize choisit d'inviter des musiciens cubains et brésiliens, sans trahir le goût des mélomanes pour la tradition. Elle puise encore dans le répertoire de ses compositeurs fétiches qui côtoient de nouvelles grosses pointures musicales. Aux côtés de B.Leza, Manuel de Novas, Teofilo Chantre, elle propose des titres arrangés par Lazaro Dagoberto Gonzalez de l'Orquesta Aragon, et par le Brésilien Jacques Morelenbaum, ancien comparse de Caetano Veloso. C'est à la Havane à Cuba, qu'elle enregistre cet album dont les résonances profondes trouvent écho dans l'histoire de l'empire colonial portugais.

Ce dernier album vient couronner la décennie 90, qui révéla au monde la morna séculaire du Cap-Vert, par la grâce et la voix d'une anti-star, célébrée par Madonna, la star grecque Eleftheria Arvanitaki, et la diva soul Erykah Badu. Du 7 au 10 décembre 99, Cesaria est de retour sur la scène de l'Olympia pour une nouvelle série de concerts qui met un terme à une tournée d'automne.

Depuis que la gloire à croisé son destin, Cize distribue ses bénéfices à ses petits-enfants, ses amis, ses voisins, sans crainte des mauvais lendemains.